Me décharger. Immortaliser. Vider tout ce poids tant qu'il est temps. Mais du papier tactile, concret, présent. Du papier dans lequel je peux avoir confiance. Pas des 0 et des 1, des ondes et des ronronnements de machines.
C'est donner une image de soi sans regarder les autres en face, dans les yeux. C'est sympa de partager ses photos, de les balancer en vrac sur internet, d'étaler sa vie sur du haut débit, d'écrire des chouettes textes et de les publier sur skymerde. C'est cool. Mais c'est trop facile. C'est trop de répétitions, trop d'inexactitudes. C'est trop superficiel. J'en veux plus.
Je retourne à l'aire préhistorique, c'est décidé. Je deviens une arriérée sans identité faussée électronique, sans blog. Une clandestine. Je retourne à la vie en direct.
J'écrirais sur du papier recyclé, comme dans le bon vieux temps. J'utiliserais un vieil argentique et des bassines dans une chambre noire, comme dans le bon vieux temps, ou bien je développerais mes photos numériques chez un photographe en échange de quantités industrielles de pièces de 1 euro. Et quand mes idées seront trop lourdes, je les partagerais avec des amis, des gens que j'aurais choisi, auxquels je fais confiance, et non pas un appareil électronique auquel tout le monde a accès et par lequel tout le monde juge d'une manière plus ou moins inexacte. Et le jour où j'aurais envie de partager mes textes, mes photos, mes dessins, je le ferais en face de mon interlocuteur, comme dans le bon vieux temps. Je communiquerais comme on ne sait plus communiquer.
Je préfère la vie qu'un blog, merci.
Photo : A Lyon, aout 2008, "Moutons nymphatiques."


